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Une drôle d’époque...

vendredi 16 novembre 2007, par marc

On vit un drôle d’époque où l’espace, le temps, le réel et le virtuel se télescopent d’une bien étrange manière...

... bouton rewind ... retour en arrière....

A la fin de l’été 1979 nous entamions une longue série de voyages en prenant la route pour rejoindre notre premier poste à l’étranger. C’est à bord de notre rutilande Lada 1300s fleuron de l’industrie automobile soviétique de Togliattigrad et achetée, cela ne s’invente pas, au garage Rockfeller à Lyon que débutait l’aventure. Direction Bucarest dans la Roumanie de Ceausucu, conducator attitré des fiers descendants des Geto-Daces et Danube de la pensée.

Aventure ...c’est un voyage de quatre jours à travers l’Europe qui commençait. Et tout comme s’interrompent les télécommunications d’un module lunaire se glissant derrière la face cachée de la lune, s’établissait alors un long silence radio avec la famille demeurée en France.

Nous n’étions pas entrés dans l’ère des téléphones mobiles et des SMS.

Aussi la première communication téléphonique, une fois arrivé à destination, ne se méritait qu’au prix d’un dialogue compliqué avec une opératrice polyglotte et autoritaire, suivi d’une longue attente aléatoire et inquiétante. Enfin la communication s’établissait dans un grésillement digne d’une friteuse supersonique avec en arrière fond l’écoute attentive de la bienveillante securitate dont l’amabilité légendaire nous incitait à ne pas nous lancer dans des commentaires déplacés sur les plaisirs désopilants du paradis rouge...

Quelques six années plus tard, Afrique, Tanzanie l’un des seuls pays au monde à ne pas disposer, à l’époque, de télévision... Téléphone qui sonnait fréquemment sollicité par d’innombrables correspondants refusant d’admettre qu’ils composaient un faux numéro. Dialogues impossibles qui m’a contraint un jour, arrivé à bout d’arguments, à poursuivre la conversation en caquetant telle une poule en furie et ce, durant deux bons quarts d’heures et sans démotiver mon obstiné correspondant inconnu...

C’était encore le temps du courrier, du papier et des lettres qu’il nous était aisé de remplir d’informations diverses et variées, jetées en vrac ou mûrement réfléchies ... Plus la peine se se creuser la tête pour remplir une page laborieuse page d’écriture quand, enfant, ma mère me faisait écrire à mon grand père et qu’invariablement je débutais par « Cher pépé, J’espère que tu vas bien et que tu es en bonne santé, nous ici ça va bien, Olivier a encore le nez qui coule mais ça va quand même » (et toc en écrivant large au moins deux lignes !)

Nous en voici donc venu au temps de la communication permanente, facile et même gratuite. Voici donc la téléphonie mobile qui a transformé la traditionnelle formule du « allo comment va tu ? » en « allo où es tu ? ». Révolution copernicienne d’un dernier départ familial en 2000 ,direction la Turquie, avec un voyage suivi presque heure par heure par la famille restée en France : « allo on passe les Alpes », « allo on est en Italie », « allo on est sur le ferry », « allo on croise au milieu des îles grecques », « allo c’est plein de minarets » ...Conversations faciles au rythme des opérateurs prenant possession de notre petit objet technologique pour nous relier à nos mères patrie et biologiques ...

Mais voici qu’en plus du son, l’image est désormais présente. Avec un logiciel de téléphonie sur Internet nous pouvons parler et nous voir en même temps sans même débourser un centime !

Etrange et déroutant : une fois achevée la conversation et échangées toutes les informations pourquoi et comment raccrocher ???

scromche schromche ... il est bon ton raisin ??

On laisse le bazar allumé et on vaque à ses occupations. De temps en temps un : « qu’est ce tu fais ? » rappelle que l’autre est toujours au bout du fil, à quelques milliers de kilomètres et toujours dans la petite lucarne éclairée ... Présence virtuelle et cathodique. Etrange ...

Non, vraiment on vit une drôle d ’époque ...

2 Messages de forum

  • Une drôle d’époque... 16 novembre 2007 20:07, par marie

    Et quid des sonneurs de trompe des montagnes de la Tsara Motsilor ? Jouent-ils du tam-tam sur skype ? De l’esclavage des "cep" il y aurait aussi beaucoup à dire, Big Brother te guette. Chacun me réclame le numéro mais j’ai bien prévenu. Je ne réponds jamais. Ha Ha je l’ai pris pour le look uniquement. Ne comptez pas m’enchaîner par ce biais là.

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    • Une drôle d’époque... 18 novembre 2007 11:49, par marc

      La Tsara Motsilor (Ţara Moţilor)... le pays des Moti (Moţi)(en fait un t avec une cédille dessous : ţ et un i que l’on ne prononce qu’à peine qui fait un "motse" et "motsilor" au pluriel... )

      Le roumain entendu pour la première fois ressemble assez à de l’italien mais un italien miaulé plutôt que chanté avec des envolées dans les aigus surprenantes, surtout dans les explications colériques. Et surtout des nasales impossibles à maîtriser pour nos palais gaulois : le pain : puîne, muîne : demain...

      Mais à part ces quelques difficultés linguistiques la Roumanie reste le plus beau pays d’Europe pour ses paysages, ses monuments et son incroyable richesse ethnographique.

      Peut-être les choses ont elles changées mais en 80/82 se balader dans les campagnes roumaines c’était entrer de plain pied dans Tintin en Syldavie, incroyable richesse des costumes et de l’habitat.

      La Ţara Moţilor en constituait quelque sorte le joyau : région isolée, enclavée dans les montagnes, difficile d’accès. Des collines abruptes des maisons aux toits pointus en chaume aux formes de ruches et les habitants qui pour communiquer de colline en colline utilisaient non pas des trompes mais un langage sifflé.

      Te souviens tu de ce mois de février, au coeur de la Ţara Moţilor, la 4L plantée dans une ornière glacée d’un chemin isolé à l’orée de la forêt ? Et nous pelletant maladroitement dans la neige pour fixer les chaînes aux roues de la voiture. La nuit tombait, un hurlement de loup perçait le silence dans l’obscurité angoissante qui noyait peu à peu ce paysage ...

      souvenirs... souvenirs...

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