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La contrebasse perdue

mercredi 10 mai 2006, par marc

Les tribulations d’une contrebasse entre Danube et vallée du Giers, ou comment traverser l’Allemagne avec des pneus à clous en plein mois de juillet...

La contrebasse est un instrument fascinant... doum doum doum... fondation solide sur laquelle se construit et s’installe la musique de l’orchestre.

Une contrebasse c’est gros, c’est monstrueux... c’est encombrant et puis c’est cher.

D’aucun diront : un violon c’est de la lutherie, une contrebasse c’est de la menuiserie... oui certes...

A Bucarest j’étais tombé en arrêt devant un jolie contrebasse au rayon musique du grand magasin d’état UNIREA où parfois nous dénichions des trésors et je l’avais achetée...

Ces années là étaient fastes en matière de soirées de fêtes et de rigolades. Nous avions installé une cave dans la grande tradition de Saint Germain des Prés dans les sous sols de l’école française et nous avions poussé la plaisanterie jusqu’à monter un orchestre, une sorte de big band dont le répertoire allait des Beattles à Joe Dassin.

On attaquait avec "Apache", on enchaînait avec "Hey Jude" puis on allait "Siffler sur la colline"... Gégé était au Saxo, Jean Marie à la guitare, pépère aux percussions (enfin casseroles et cuillères) et moi à la contrebasse... Bon enfin je faisais "doum doum doum"... Mais bon comme on dit maintenant : ça le faisait bien !

Quand je vous dit qu’une contrebasse c’est gros, j’avais été obligé de scier les montants du coffre de ma Lada pour pouvoir la trimballer en voiture et aller aux répètes.

...

Casimir était le lecteur de l’université de Galati (prononcer "galatz"). Galati c’est une ville dans le delta du Danube. Etre lecteur étranger dans une université roumaine pendant les années Ceausescu en fait c’était très simple : il fallait en faire le minimum, le mieux étant d’être absent le plus souvent possible ou de passer son temps à Bucarest. Bon mais ce n’était pas le genre de Casimir, voilà qu’il s’entêtait à faire cours, que ses cours avaient du succès auprès des étudiants... qu’il devenait populaire... qu’on parlait de lui. Très mauvaise mayonnaise...

Ce qui devait arriver, arriva... La "securitate" la tristement célèbre police politique du régime lui colla une sale affaire aux fesses. Un montage grossier qui le plaçait au centre d’une soi disante dérive sectaire...

La securitate ce n’était pas la rigolade, vous pouviez disparaître corps et âmes et biens du jour au lendemain.. ;

Heureusement "l’Ambassade" veillait, et réussit à tirer d’affaire notre Casimir en négociant avec les autorités politiques son expulsion du pays... L’attaché Culturel bardé de sa sacro-sainte immunité diplomatique était aller le chercher à Galati et l’avait ramené à Bucarest. Il ne lachait plus d’une semelle. Les dernière 24 h de Casimir en Roumanie furent consacrées à organiser le rapatriement des ses affaires personnelles, il avait droit à un déménagement.

Je me souviens que pendant qu’il réglait ses formalités avec son garde du corps de l’Ambassade, avoir fait la vidange de sa voiture dans la cour de l’école... Le soir nous avons organisé une dernière fête chez nous pour lui dire en revoir.

Ce qui me valut de retrouver ma voiture sur les tambours le lendemain mation, petit signe d’amitié de la Securitate qui se rappelait à notre bon souvenir en me piquant les quatre roues... [1]

Mais j’en reviens à ma contrebasse, pour nous aussi le séjour roumain tirait sur sa fin or Casimir avait une maison dans la Loire près de Tartaras dans la vallée du Giers. A l’époque notre pied à terre en France se situait à Roanne chez les parents de Marie. Et c’est ainsi que profitant de l’aubaine nous avons emballé la contrebasse et nous l’avons glissé dans le déménagement de Casimir nous promettant de la récupérer dès que possible...

Casimir est parti le lendemain direction la frontière hongroise, escorté par des diplomates, nous ne nous sommes jamais revus...

Après Bucarest nous sommes repartis pour l’étranger, pas très loin à Sofia, un peu plus bas dans les Balkans.

Une ou deux années sont passées, et un été alors que nous étions à Joeuvres (à côté de Roanne) je me décide à renouer avec Casimir pour tenter de récupérer la contrebasse...

Le numéro de téléphone qu’il nous avait communiqué fonctionnait encore et je tombe sur son père qui me dit que Casimir n’est pas là mais qu’il dispose des clefs et qu’il peut m’ouvrir la maison. Oui oui une contrebasse ça lui dit quelque chose.

La maison se trouve dans un hameau paumé dont j’ai oublié le nom sur les flancs du Pilat, ce même massif ou nous aurons bien plus tard nous aussi notre propre maison de pierre...

La maison n’est pas immense et j’en fais vite le tour accompagné du père de Casimir... mais de contrebasse point.

Merde ! j’ai paumé ma contrebasse... entre Danube et vallée du Giers... faut le faire.

Le père me dit que la maison a été cambriolée l’année dernière... Mince, des monte en l’air mélomanes... dans la vallée du Giers, ce n’est vraiment pas de chance...

mais alors que nous apprêtons à partir je vois au dessus de l’escalier une petite porte... bon sang mais c’est bien sûr ! le cagibi ! je me glisse dans l’étroite ouverture et elle est là, emballée dans ce même tissu à carreaux rouge et blanc. Intacte impeccable !

J’ai retrouvé ma contrebasse !

Doum doum doum...


post-scriptum

J’ai toujours la contrebasse... Marie rouspète.

J’ai réussi à casser le manche à l’occasion d’un Xème déménagement mais je l’ai recollé, c’est vrai qu’une contrebasse c’est de la menuiserie.

P.-S.

J’ai toujours la contrebasse... Marie rouspète.

J’ai réussi à casser le manche à l’occasion d’un Xème déménagement mais je l’ai recollé, c’est vrai qu’une contrebasse c’est de la menuiserie.

Notes

[1] Et c’est ainsi que nous allions traverser toute l’Europe au mois de juillet avec des pneus à clous, y compris en Allemagne où l’usage en est rigoureusement interdit même en hiver ...

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